Il est difficile de s’exprimer à propos de ce mouvement tant sa forme exige des uns et des autres qu’ils se conforment à un pseudo camp : celui des pour le mouvement sans restriction et celui des pour Sarkozy et Darcos et la politique actuelle. Mais quid des nuances ? Quid des interrogations ? Quid des positionnement qui ne se retrouvent ni dans l’un ni dans l’autre camp ?
Bref, ce mouvement est un drôle de mouvement, à dire vrai, il ne ressemble pas du tout à un mouvement mais plutôt à une sorte de malaise qui ne parviens pas à s’exprimer. En effet, à bien y regarder, il lui manque un nombre certains de caractéristiques :
les quelques rares AG sont désertes
on n’y vote pas la grève
on n’y élit pas de comité de grève
on n’y discute, ni ne vote une plate-forme de revendications
on n’y élit pas une commission « action »
on n’y élit pas une commission « média »
les revendications sont toutes en négatif (refus de...), aucune ne cherche à « gagner » quelque chose.
sans même parler de l’absence d’une coordination nationale...
Tout ce travail est délégué sans aucune concertation collective aux organisations syndicales qui ont l’air de s’en satisfaire, voir de s’en réjouir, et à quelques individualités « désobéissantes » qui accaparent la scène médiatique. Mais qui, dans ces conditions, peut rendre des comptes ?
Il en résulte une désorganisation manifeste, qui loin d’être une richesse ressemble plus à une déperdition cruciale d’énergie. N’ayant nulle part pour élaborer collectivement (les mails n’étant pas un moyen de discussion collective), échanger sur les textes, structurer une lutte graduellement pour lui donner corps, force et vigueur, les actions sont renvoyées à la bonne volonté de chacun, et bien trop souvent organisées dans le seul but d’être médiatique : nuits des écoles, « descentes aux flambeaux » (merci pour la reprise d’un vocabulaire plus que douteux alors même qu’on a la traditionnelle appellation de « manif de nuit » qui est boudée...), gilets jaunes, banderoles sur les écoles... et manifs « saute-mouton », les jeudis de temps en temps... Tout cela est certes sympathique mais manque quelque chose... s’en est assez reversant !
Ce qui est manqué ? C’est justement ce qui forme le cœur des mobilisations des autres secteurs publics et des entreprises, ce qui gagne chaque jour en puissance, en crédibilité, en structuration des revendications, en coordination entre les différentes villes... Ce qui est manqué, c’est le cœur du débat politique actuel, à savoir la crise politique ouverte par le scandale financier de la chute de la bourse et des cadeaux fiscaux faits à tour de bras pour sauver les banques, c’est à dire cette crise du capitalisme qui a besoin de se restructurer pour recommencer à s’épanouir.
Cette situation n’a rien d’inédite dans sa forme historique, des crises comme celles-ci il y en déjà eu dans le cours du capitalisme et l’issue à été différente en fonction des choix et de la puissance des mobilisations sociales qui ont eu lieu à ce moment là. Le fait qu’aujourd’hui il y ait des mobilisations sociales, c’est absolument nécessaire, et il est tout aussi nécessaire que celles-ci ne soient en aucune manière timorées. Il s’agit rien moins que de la question de la redistribution du capital : doit-il revenir aux salariés ou être distribué sans vergogne aux patronat qui a fait son beurre pendant des années ? C’est exactement cette question qui était posées majoritairement par les manifestants le 29 janvier, en tout cas les manifestants non enseignants... Revalorisation des salaires !
Évidemment, tout ceci ne se fait pas tout seul. Il y a crise car le patronat (ici bien relayé par le gouvernement) ne veut rien lâcher. Il y a donc surenchère de textes sur la sécurité, sur les sanctions, sur les restrictions au droit de grève, sur la justice punitive (attaque sans précédent sur les mineurs) en même temps que les budgets des services publics de l’état sont réduit de manière drastique afin de restructurer le capitalisme autour de plus de profit pour le patronat.
De là découle quasi tout le reste. Et il n’y a pas trente-six possibilités ! Si cette mobilisation gagne sur ce qui est la pierre de touche de cette crise, à savoir la revalorisation des salaires, elle force la restructuration du capital autour de cette question fondamentale de la redistribution des richesses, donc du renforcement des services publics et des droits sociaux... ce qui permet de réorganiser la société autour de valeurs sociales et éducatives (émancipatrices). Rappelez-vous 36, les congés payés, les droits sociaux... le front populaire... Si cette mobilisation perd sur cette redistribution des richesses, alors on perdra sur toute la ligne (salaires, droits de grève, services publics...) et la société sera réorganisée autour des valeurs marchandes, de justice punitive et d’éducation transmissive.
C’est pourquoi un mouvement qui ne discute pas ceci, ne peut aller nulle part. Et c’est bien pourquoi l’agitation actuelle dans l’éducation fait froid dans le dos. Car loin d’être à la hauteur de la tâche, elle est timorée (programmes 2008, évals CM2, RASED... comparé à la revalorisation des salaires de 300€ pour tous), anti-démocratique dans son fond et dans sa forme donc contre-productive (et oui, agir sans décider collectivement c’est participer aux valeurs chères à nos gouvernants...) et désorganisée.
Tout cela semble assez cruel, quelle que soit l’issue de la crise : comme personne ne demande de revalorisation des salaires pour l’éducation, même si le mouvement interpro gagne à ce sujet, l’éducation dans le primaire notamment restera la peau de chagrin habituelle (payé 10 mois répartis sur 12... temps de travail extensible à merci, plus proche du sacerdoce que d’un professionnalisme), nombre de personnes se sentiront flouées, trahies, et s’en sera fini pour un bon bout de temps pour refaire partir un mouvement dans l’éducation.
Alors la question est : c’est quoi ce bordel ????








